- Par Rédacteur Afebia
- 31/10/2026 00:01
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Pour Rebecca, jeune juriste, donner la vie ne devrait jamais signifier renoncer à sa dignité. À travers son projet, elle veut sensibiliser les femmes à leurs droits et faire reculer la banalisation des comportements humiliants dans les maternités.
« Est-ce vraiment normal ? »
C’est une question qui accompagne Rebecca depuis plusieurs années. Dans son entourage, elle a entendu sa mère, ses tantes et d’autres femmes raconter leurs expériences dans les maternités et lors de consultations gynécologiques : des cris, des paroles blessantes, des gestes brusques, parfois des humiliations vécues comme une étape presque ordinaire de l’accouchement.
Ce qui l’a particulièrement interpellée n’est pas seulement la répétition de ces récits. C’est le fait que certaines femmes finissent par considérer ces expériences comme « normales ».
Pour Rebecca, cette banalisation constitue justement une partie du problème.
Quand l’humiliation devient une habitude
Entrer dans une maternité, c’est confier son corps et, parfois, sa vie et celle de son enfant à des professionnels de santé. Dans ce moment de vulnérabilité, une femme devrait pouvoir être soignée, informée, écoutée et respectée.
Pourtant, les conditions dans lesquelles se déroule cette prise en charge peuvent parfois rendre cette attente difficile.
Les difficultés du système de santé maternelle ne se résument pas aux comportements individuels. Le manque de personnel, la pression professionnelle, les équipements insuffisants ou encore la surcharge des services peuvent créer des conditions de travail éprouvantes pour les soignants. Amnesty International Togo a notamment documenté des insuffisances dans la prise en charge des femmes ainsi que des comportements irrespectueux ou humiliants rapportés par certaines patientes.
Des efforts sont néanmoins engagés par les autorités pour améliorer la prise en charge. En 2024, le ministère de la Santé a notamment annoncé le recrutement de personnels de santé, dont des sages-femmes, des accoucheuses et des gynécologues-obstétriciens. Le programme Woezou a également contribué à renforcer l'accès aux soins maternels et néonatals.
Mais pour Rebecca, une question demeure : à quoi sert une maternité mieux équipée si la femme qui y entre n’y est pas traitée avec dignité ?
Le soin ne s'arrête pas au geste médical
Pour Rebecca, la qualité d’un service de santé ne se mesure pas uniquement aux médicaments disponibles, aux équipements ou à la compétence technique du personnel.
Elle se mesure aussi à la manière dont une personne est traitée.
Une femme en travail est confrontée à la douleur, à la peur et à l’incertitude. Dans ces circonstances, une parole rassurante, une explication claire ou une écoute attentive peuvent faire une réelle différence.
À l’inverse, une insulte, un cri ou une humiliation peuvent transformer un moment déjà éprouvant en une expérience traumatisante.
Il ne s’agit toutefois pas, pour Rebecca, d'accuser indistinctement les professionnels de santé.
« Comprendre les difficultés des soignants ne doit pas conduire à banaliser celles des patientes », résume l’idée au cœur de sa démarche.
L’enjeu est donc double : améliorer les conditions dans lesquelles les professionnels exercent leur métier et garantir, dans le même temps, le respect des femmes prises en charge.
Connaître ses droits pour oser parler
C’est sur ce terrain que Rebecca souhaite agir.
En tant que jeune juriste, elle considère que la connaissance des droits peut constituer un premier moyen de lutter contre la banalisation des violences et des humiliations.
Une femme qui ne connaît pas ses droits peut difficilement identifier une atteinte à ceux-ci, demander des explications ou savoir vers qui se tourner lorsqu’elle estime avoir été maltraitée.
Son projet vise ainsi à sensibiliser les femmes sur leurs droits en matière de santé et à leur donner les moyens de reconnaître, de questionner et, lorsque cela est nécessaire, de signaler certaines pratiques.
Mais Rebecca veut également éviter une approche qui opposerait systématiquement femmes et professionnels.
Pour elle, la sensibilisation doit concerner les deux parties : des patientes conscientes de leurs droits et des professionnels davantage sensibilisés à l'accueil, à la communication et au respect de la dignité humaine.
Faire de la parole un levier de changement
L’autre ambition de Rebecca est de donner une place aux témoignages.
Car derrière chaque récit de naissance difficile, il y a une femme qui a vécu une expérience particulière, parfois douloureuse, parfois gardée sous silence.
Recueillir ces paroles permettrait de montrer que certaines pratiques ne doivent pas être acceptées simplement parce qu’elles sont anciennes ou répandues.
Mais pour Rebecca, libérer la parole ne signifie pas condamner toute une profession.
Un véritable travail de sensibilisation doit également entendre les sages-femmes, les médecins et les autres agents de santé afin de comprendre leurs réalités, leurs contraintes et les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Faire entendre toutes les voix permet de dépasser l'accusation pour aller vers la recherche de solutions.
Une maternité où la dignité compte autant que les soins
Le combat porté par Rebecca dépasse finalement la seule question de l'accouchement. Il interroge la manière dont la société considère les femmes lorsqu'elles sont particulièrement vulnérables.
Améliorer les équipements, renforcer les effectifs et faciliter l’accès aux soins sont indispensables. Mais ces progrès doivent être accompagnés d’une véritable culture du respect des patientes.
Cela passe par l’information sur les droits, la sensibilisation des professionnels, l’écoute des femmes et la mise en place de mécanismes de signalement accessibles et confidentiels.
Rebecca veut contribuer à faire passer un message simple : la souffrance liée à l’accouchement ne doit jamais servir à justifier l’humiliation.