2026-11-03 21:31:53

De l’engagement pour les droits des femmes à l’expérience du pouvoir : le parcours de Rebecca

Des récits de violences vécues par des femmes pendant leur accouchement à une expérience symbolique du pouvoir, le parcours de Rebecca témoigne d’un engagement nourri par le refus de l’injustice. Engagée au Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH), elle a participé à l’initiative « Filles aux Commandes » de Plan International Togo, une expérience qui a renforcé sa confiance en elle et sa vision d’un leadership fondé sur l’écoute et l’empathie. À travers son combat pour les droits des femmes et sa volonté de lutter contre les violences obstétricales, Rebecca défend une conviction essentielle : les filles doivent pouvoir choisir leur avenir, accéder aux responsabilités et contribuer aux décisions qui les concernent.


De l’engagement pour les droits des femmes à l’expérience du pouvoir : le parcours de Rebecca

Engagée au Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH), Rebecca défend les droits des femmes et des filles. Sa participation à l’initiative « Filles aux Commandes » de Plan International Togo, au cours de laquelle elle a symboliquement occupé un poste ministériel, l’a amenée à interroger autrement le leadership, la confiance en soi et la place des femmes dans les espaces de décision. Un parcours nourri par une conviction : être une femme ne devrait jamais constituer une limite à ce que l’on peut accomplir. Certaines injustices finissent par être acceptées comme si elles étaient normales. C’est le cas des violences que subissent certaines femmes pendant leur accouchement, des récits qui circulent dans les familles sans toujours susciter de remise en question. Mais que se passe-t-il lorsqu’une jeune femme refuse de considérer ces expériences comme une fatalité et décide d’en faire un combat ? De cette indignation est né un engagement pour les droits des femmes, qui l’a conduite jusqu’à une expérience symbolique du pouvoir.

Cette interrogation prend racine dans les récits de sa mère, de ses tantes et d’autres femmes de son entourage qui lui ont raconté les violences verbales, physiques et psychologiques qu’elles avaient subies pendant leur accouchement. Ces témoignages l’ont profondément interpellée. En étudiant le droit, elle a également pris conscience que certaines femmes ne connaissent pas suffisamment leurs droits pour pouvoir les faire valoir lorsqu’elles sont victimes d’injustice.

Un autre événement a renforcé son indignation : la diffusion d’une vidéo montrant un médecin exerçant des violences sur une femme pendant son accouchement. Au-delà des images, les réactions de personnes qui prenaient la défense du médecin l’ont révoltée. Cette situation faisait écho aux récits entendus autour d’elle et lui a confirmer qu’il fallait cesser banaliser les violences faites aux femmes.

De cette prise de conscience est né un projet de lutte contre les violences faites aux femmes enceintes dans les hôpitaux publics. Rebecca souhaite ainsi s’attaquer à une question qui la préoccupe : les conditions dans lesquelles les femmes sont accueillies et prises en charge au moment où elles ont besoin de soins.

Son engagement ne repose donc pas sur une cause choisie à distance. Elle s’enracine dans les réalités qui l’ont touché, des inégalités qu’elle refuse d’accepter et dans sa volonté de contribuer à leur changement.

 

Rebécca et Madame la ministre
Une conviction personnelle devenue un engagement 

Rebecca ne rattache pas son investissement pour les droits des femmes à un événement unique. Elle évoque plutôt une sensibilité ancienne aux inégalités, liée notamment à son expérience de femme et à son refus de l’injustice. Aujourd’hui engagée au CDFDH, elle poursuit cette préoccupation à travers son intérêt pour les droits humains, particulièrement ceux des femmes et des filles.

Mais défendre une cause suppose aussi de trouver les moyens d’agir, de faire entendre ses idées et de prendre sa place. C’est ce qui l’a menée à « Filles aux Commandes », une initiative de Plan International Togo qui permet à des filles de découvrir les responsabilités et les réalités liées à l’exercice du pouvoir.

Rebecca n’avait pas spécialement entrepris les démarches pour occuper un poste de ministre. Monsieur André KANGNI AFANOU a suscité l’intérêt en elle, estimant que le programme pourrait l’intéresser. Elle a alors candidaté sur la page Facebook de Plan International Togo, et après une présélection et un entretien, elle a été retenue.

Les fonctions ont ensuite été réparties entre les participantes en fonction de leurs profils et de leurs aptitudes ; Rebecca s’est ainsi retrouvée à occuper symboliquement un poste ministériel. Une expérience qui l’a placée dans une position différente de celle qu’elle connaît habituellement : non plus seulement celle d’une jeune femme qui défend des droits, mais aussi celle d’une participante invitée à découvrir les responsabilités associées à la décision.

 Le leadership doit être humain 

 Avant les prises de fonctions, les participantes ont suivi cinq jours de formation consacrés notamment au genre et aux normes sociales. Pour Rebecca, ces échanges ont fait évoluer sa compréhension de certaines réalités et renforcé sa confiance en ses capacités. Elle en retient également l’importance de saisir les occasions d’apprendre, de mieux se présenter et de démontrer ce dont on est capable.

QUELQUES MOTS DE MADAME LA MINISTRE CHARGEE DES SOLIDARITES ?DU GENRE,DE LA FAMILLE ET DE LA PROTECTION DE L'ENFANCE
Parmi les moments marquants de cette expérience, elle cite sa rencontre avec la ministre chargée des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance. Son parcours et sa manière de travailler ont particulièrement retenu son attention et la ministre lui a laissé un message d’encouragement : rien n’est impossible.

Mais ce qui a le plus marqué Rebecca dépasse la fonction elle-même. Elle a été sensible à la manière dont la ministre recevait les personnes et cherchait à leur venir en aide. Cette attitude lui a rappelé qu’une responsabilité prend tout son sens lorsqu’elle s’accompagne d’une attention réelle aux autres.

Pour Rebecca, le leadership ne peut donc se réduire à un titre ou à une position hiérarchique. « Le leadership doit être humain », affirme-t-elle. L’empathie, l’altruisme, l’écoute et la capacité à se mettre à la place d’autrui font, selon elle, partie des qualités essentielles d’une personne appelée à diriger.

Cette vision rejoint son propre engagement. Qu’il s’agisse de lutter contre les violences faites aux femmes ou de défendre la participation des filles, il s’agit de prendre en compte les réalités vécues par les personnes concernées, plutôt que de décider à leur place.

L’expérience lui a également permis de mieux mesurer ses propres capacités. À l’occasion d’une prise de parole devant des filles, Rebecca a défendu une idée qui traverse son parcours : le fait d’être une fille ne doit pas empêcher de réussir. Elle a aussi gagné en assurance, comprenant qu’elle pouvait prendre la parole, exprimer ses convictions et assumer des responsabilités sans laisser le doute décider à sa place.

 Quand les autres décident de l’avenir des femmes

 Cette confiance nouvelle ne lui fait pas perdre de vue les obstacles auxquels les filles et les femmes sont confrontées. Rebecca observe que, dans certaines familles, leurs choix concernant les études, le travail ou l’avenir sont encore influencés, voire décidés, par les pères, les frères aînés ou les conjoints.

Derrière ces pratiques il y a souvent la conviction que les femmes ne seraient pas capables d’assumer certaines responsabilités ou de faire leurs propres choix. Pour Rebecca, ces représentations restreignent leur liberté et peuvent freiner leurs ambitions avant même qu’elles aient eu la possibilité de les concrétiser.

Elle appelle les filles à se former, à apprendre, à oser des ambitions plus grandes et à saisir les occasions qui leur permettent de démontrer leurs compétences. Elle rappelle aussi le rôle des familles : accompagner une fille ne devrait pas signifier choisir son avenir à sa place. Les parents doivent pouvoir soutenir leurs filles tout en leur laissant la possibilité de décider de leurs études, de leur travail et de leur trajectoire.

Cette question dépasse les choix individuels. Pour que les filles participent réellement aux espaces de décision, il faut aussi que leur entourage et la société leur reconnaissent cette capacité. Leur donner la parole est une première étape ; leur permettre d’être écoutées et de prendre part aux décisions en est une autre.

Ces enjeux ont également été mis en avant lors des activités organisées en prélude à la Journée internationale de la fille 2026, notamment au lycée de Kpodzi, à Kpalimé. Autour du thème « Promouvoir l’excellence chez les filles dans les filières porteuses pour un développement inclusif et durable », les échanges ont souligné l’importance de créer un environnement favorable à leur leadership et à leur accès aux opportunités. Le numérique, l’intelligence artificielle, l’agriculture, l’élevage et le BTP figuraient parmi les domaines abordés, rappelant que les perspectives professionnelles des filles ne devraient pas être limitées par les stéréotypes.

Pour Rebecca, cependant, l’ouverture de ces possibilités doit s’accompagner d’un changement dans les regards et les pratiques. Les filles ont besoin d’accéder à des formations et à des opportunités, mais aussi d’être encouragées à prendre des initiatives et à faire confiance à leurs capacités.

Agir sans attendre d’avoir le pouvoir

REBECCA ET LES AUTORITES
Au terme de cette expérience, Rebecca retient une leçon qui dépasse le cadre du programme : il n’est pas nécessaire d’occuper une haute fonction ou de disposer d’importants moyens financiers pour contribuer au changement. L’action peut commencer auprès des personnes qui nous entourent, à partir des ressources dont nous disposons.

Cette réflexion donne un nouvel élan à son projet contre les violences faites aux femmes enceintes. Loin de détourner son attention de cet objectif, son passage par « Filles aux Commandes » a renforcé sa détermination à le poursuivre. Elle a pu mesurer l’importance de la confiance en soi, de la formation et de la capacité à saisir les occasions qui permettent de transformer une conviction en action.

Son parcours met ainsi en relation deux dimensions souvent séparées : la défense des droits et l’exercice des responsabilités. Combattre les injustices exige de les reconnaître, mais aussi de permettre aux personnes concernées de faire entendre leur voix et de prendre part aux décisions qui les touchent.

Pour les filles, cette possibilité commence bien avant l’accès à une fonction officielle. Elle se construit dans l’éducation, dans la liberté de choisir son avenir, dans la confiance accordée à leurs compétences et dans les occasions qui leur sont données d’expérimenter le leadership.

À travers son engagement, Rebecca défend cette possibilité. Elle ne prétend pas que les obstacles ont disparu ; elle affirme plutôt qu’ils ne devraient pas déterminer à l’avance ce qu’une fille peut devenir. Et si l’accès aux responsabilités constitue une étape importante, le changement commence aussi lorsque les filles cessent d’être considérées comme de simples bénéficiaires des décisions pour être reconnues comme des personnes capables d’y contribuer.

Auteur

Par Rédacteur Afebia

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