2026-11-03 21:30:26

Audrey, jeune engagée face à l’excision : « Une pratique qui blesse n’a pas vocation à être conservée au nom de la culture »

L’excision continue de marquer des filles et des femmes à travers l’Afrique, entre pression sociale, tradition et silence. Mais une nouvelle génération refuse de rester spectatrice. À travers des témoignages venus de Somalie et du Mali, la mobilisation numérique de jeunes femmes maliennes et le regard d’Audrey, jeune Togolaise engagée, cet article interroge ce que les sociétés africaines choisissent encore de transmettre et ce qu’elles peuvent décider de changer.


Audrey, jeune engagée face à l’excision : « Une pratique qui blesse n’a pas vocation à être conservée au nom de la culture »

Entre tradition, pression sociale et mobilisation d’une nouvelle génération, des voix s’élèvent pour questionner une pratique qui continue de marquer des filles et des femmes à travers l’Afrique.

Derrière le mot « excision », il y a des filles parfois trop jeunes pour comprendre ce qui leur arrive, des femmes qui vivent encore avec les traces d’une pratique subie dans l’enfance, mais aussi des familles confrontées au poids des traditions et du regard de leur communauté.

Un témoignage partagé à propos de la Somalie en donne une illustration particulièrement douloureuse. Une femme raconte que sa cousine avait subi une infibulation avant que son corps ne soit recousu, sans anesthésie. Des années plus tard, à l’approche de son mariage, son corps devait être rouvert. Lorsqu’elle a demandé pourquoi une telle souffrance était infligée aux femmes, une femme plus âgée lui aurait répondu : « Les femmes sont faites pour souffrir. »

Au-delà de la violence de ces mots, ce témoignage interroge surtout la manière dont une pratique peut devenir normale lorsqu’elle est transmise de génération en génération.

Mais pourquoi cette pratique continue-t-elle de se maintenir malgré l’évolution des mentalités et des législations ?

Pour mieux comprendre cette réalité, nous avons interrogé Audrey, jeune femme engagée, d’origine togolaise et étudiante en droit, sur plusieurs questions liées à l’excision. Son regard ne se limite pas au juridique. Elle s’intéresse également aux mentalités, à la responsabilité des familles et au rôle que peut jouer la jeunesse africaine dans le changement de perception des pratiques.

Quand la tradition devient une pression.

Pour Audrey, la persistance de l’excision traduit notamment « un conflit entre des normes sociales anciennes et les droits fondamentaux des filles ».

Elle évoque la pression communautaire, la peur du rejet, les attentes liées au mariage ou encore certaines croyances autour de la respectabilité et de la sexualité des filles.

Une fille peut ainsi grandir dans un environnement où toutes celles qui l’entourent ont subi la même pratique et où l’excision est présentée comme une étape normale de la vie. Dans ces conditions, la possibilité de refuser peut même ne jamais lui être présentée.

La question dépasse donc le seul geste : elle concerne aussi les normes que les familles et les communautés continuent de transmettre.

Quand celles qui ont vécu la pratique choisissent de parler

Cette réalité prend une autre dimension lorsqu’on écoute celles qui l’ont vécue.

Au Mali, le parcours de Salimata Camara illustre justement cette possibilité de transformer une expérience douloureuse en engagement. Excisée dans son enfance, elle a par la suite choisi de s’impliquer pour protéger d’autres filles et raconte notamment avoir réussi à empêcher qu’une enfant subisse à son tour cette pratique.

Ce témoignage rappelle que les femmes ne sont pas uniquement des victimes dont on raconte l’histoire. Elles peuvent aussi devenir des actrices du changement, capables de remettre en question ce qu’elles ont elles-mêmes connu.

C’est dans cette dynamique que la mobilisation prend également une nouvelle forme au Mali.

Une mobilisation qui passe désormais par le numérique

Ces dernières semaines, une campagne digitale menée en grande partie par de jeunes filles et femmes engagées au Mali a contribué à remettre la question de l’excision au centre des discussions sur les réseaux sociaux.

À travers des publications, des témoignages et des prises de parole, ces jeunes utilisent les plateformes numériques pour informer, interpeller et contester la banalisation de cette pratique. La mobilisation a déjà permis de toucher des milliers de personnes, donnant à la question une visibilité qui dépasse les cercles militants.

L’intérêt de cette mobilisation est surtout de montrer que les jeunes ne veulent plus seulement être destinataires des discours sur leur avenir. Ils veulent également participer à la conversation et prendre position sur les pratiques qui concernent directement leur génération.

Le numérique devient ainsi un espace où une autre parole peut se construire : une parole portée par celles qui refusent que le silence ou la tradition suffisent à justifier la souffrance.

Peut-on protéger une fille sans renier sa culture ?

Pour Audrey, la réponse est claire : une tradition n’est pas immuable.

« Une pratique qui blesse, traumatise et met en danger une enfant ne devrait pas être conservée uniquement parce qu’elle est ancienne. Protéger une fille n’est pas trahir sa culture. »

Elle appelle également à distinguer la religion de certaines interprétations sociales et refuse qu’une croyance puisse servir à légitimer une violence faite aux filles.

Pour elle, les parents ont aussi une responsabilité essentielle : « Ils doivent être les premiers protecteurs de leurs enfants. » Une fille ne devrait jamais avoir à choisir entre son intégrité physique et son appartenance à sa communauté.

La jeunesse peut-elle faire évoluer les mentalités ?

C’est précisément là que le rôle de la jeunesse devient essentiel.

Pour Audrey, les jeunes peuvent utiliser leur voix, les réseaux sociaux, l’engagement associatif et les espaces de discussion pour remettre en question les normes nuisibles, comme ils le font déjà sur les réseaux avec des campagnes digitales, notamment contre l’excision. Elle insiste également sur la nécessité d’impliquer les jeunes hommes afin qu’ils refusent eux aussi de considérer l’excision comme une pratique normale ou nécessaire. « Les témoignages venus de Somalie et du Mali montrent deux réalités différentes : d’un côté, une souffrance qui peut être normalisée par la tradition ; de l’autre, des femmes et des jeunes qui choisissent de parler, de sensibiliser et d’agir. »

Au fond, la question n’est peut-être plus seulement de savoir ce que l’on veut conserver de nos traditions, mais aussi ce que l’on accepte de ne plus transmettre.

Propos recueillis auprès d’Audrey, jeune femme engagée, d’origine togolaise et étudiante en droit.

Auteur

Par Rédacteur Afebia

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