- Par Rédacteur Afebia
- 31/10/2026 00:01
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« Se former, s’informer, se cultiver. » ces trois verbes résument une réponse aux difficultés que rencontrent les femmes handicapées lorsqu’il est question de leur santé sexuelle et reproductive. Se connaître, comprendre ses droits et disposer d’informations fiables : autant de leviers pour mieux décider et agir.
Quelques échanges plus tôt, la discussion portait pourtant sur une réalité beaucoup plus quotidienne : les menstruations.

Les participantes y ont partagé des expériences, nommé des obstacles et réfléchi aux solutions qu’elles peuvent elles-mêmes contribuer à construire.
Quand les difficultés deviennent visibles
Pour certaines femmes, avoir leurs règles signifie pouvoir compter sur des protections adaptées et un espace où les changer dignement. Pour d’autres, la question est d’abord celle des moyens. Lorsque les serviettes hygiéniques deviennent trop coûteuses, certaines peuvent être contraintes de chercher des alternatives.
Mais le problème se pose aussi lorsqu’il faut trouver un endroit accessible et propre pour répondre à un besoin aussi élémentaire.
« J’ai constaté que, dès que je m’éloigne de chez moi, l’accès aux toilettes devient difficile. Certaines sont mal entretenues ou peu adaptées. J’ai donc pris mes dispositions en me déplaçant avec un pot, pour éviter des situations désagréables », témoigne Madame ALASSE Esta .
Son expérience rend concrète une difficulté souvent évoquée de manière générale : l’inaccessibilité des infrastructures. Pour une femme handicapées , une toilette mal aménagée ou mal entretenue peut compliquer l’hygiène, le confort et la gestion des menstruations.
Avoir ses règles ne devrait jamais devenir un problème de dignité.
Du silence à la possibilité de choisir
Parler de santé sexuelle et reproductive, ce n’est pas seulement parler de menstruations. C’est aussi parler d’accès à l’information, de prévention, de soins, de protection et de capacité à prendre des décisions concernant son propre corps.
Au fil des échanges, les participantes ont abordé les infections sexuellement transmissibles, les relations sexuelles, l’hygiène corporelle, mais aussi des questions plus sensibles liées aux violences sexuelles et à l’autonomie des femmes.
Une préoccupation revenait pourtant sous différentes formes : comment exercer pleinement son droit à la santé lorsque l’information et les services ne sont pas toujours accessibles ?
Pour certaines, le manque d’information commence dès les premières règles.
« Je n’ai jamais eu la chance d’avoir quelqu’un pour m’expliquer quoi faire lorsque j’ai eu mes premières règles. Pour mes parents, ce sujet était tabou ».
Cette parole rappelle combien le silence familial peut laisser les jeunes filles seules face aux transformations de leur corps. Le dialogue entre parents et enfants devient alors un véritable outil de prévention pour permettre aux jeunes de mieux comprendre leur corps et leur santé.
Les échanges ont également abordé les violences sexuelles et la nécessité d’un accompagnement des victimes, notamment sur le plan psychologique.
S’informer devient ainsi une forme de protection, et connaître ses droits, un moyen de renforcer son autonomie.
« Qu’est-ce qu’on peut changer ? »
Après avoir nommé les difficultés, la question revient. Cette fois, elle appelle moins au constat qu’à l’action.
Les participantes identifient d’abord ce qu’elles peuvent faire elles-mêmes : continuer à s’informer, parler davantage de santé reproductive, ne plus avoir honte des menstruations, consulter régulièrement les services de santé, éviter l’automédication et veiller à leur hygiène.
Pour l’une d’elles, la séance a provoqué une prise de conscience concrète :
« Je repars de cette rencontre avec une conviction : l’automédication peut être dangereuse pour ma santé. Désormais, je ne veux plus me fier uniquement à ce que je ressens. Je préfère consulter un professionnel de santé afin que mes symptômes soient confirmés par un véritable diagnostic médical plutôt que par de simples suppositions. » Madame AKPOTSI
Une prise de conscience qui traduit le passage de l’information à l’action. Mieux connaître sa santé, c’est aussi savoir quand consulter et prendre des décisions fondées sur des informations fiables.
La solidarité constitue également une piste. Une femme qui dispose d’une information peut la transmettre à une autre. Une participante qui connaît les services disponibles peut accompagner une personne qui ne sait pas vers qui se tourner.
C’est précisément ce que traduit la formule de Mme Zita : « Se former, s’informer, se cultiver. »
Une inclusion qui doit se voir dans le quotidien
Mais les participantes savent que l’action individuelle ne suffit pas. Certaines barrières nécessitent des réponses collectives : des toilettes accessibles et entretenues, des centres de santé mieux adaptés et des protections menstruelles plus accessibles.
La rencontre a également permis de faire émerger des pistes concrètes portées collectivement. Parmi elles : la fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables et la réflexion autour d’un bracelet destiné à faciliter le suivi des jours de menstruation.
Des idées encore à concrétiser, mais qui traduisent une volonté claire : ne plus seulement subir les difficultés, mais contribuer à construire des réponses adaptées à leur réalité.

À la clôture, le Directeur exécutif du CDFDH a rappelé l’importance de faire des femmes handicapées de véritables actrices du développement et de renforcer la collaboration avec leurs associations, les collectivités locales et les mairies pour des services plus inclusifs.
Quand la parole devient un premier pas
En quelques heures, les difficultés n’ont pas disparu. Mais quelque chose a changé : elles ont été dites, partagées et transformées en pistes d’action.
Du coût des protections au manque d’information, de l’inaccessibilité des toilettes à l’accès aux soins, les participantes ont montré que leurs réalités ne doivent plus être pensées sans elles.
À Sanguéra, la parole n’a donc pas été une fin. Elle a marqué le début d’une dynamique : s’informer, s’organiser et agir ensemble pour que la santé sexuelle et reproductive soit aussi une réalité pour les femmes handicapées .