2026-11-03 22:29:12

L’insertion des femmes en situation de handicap au Togo : une réalité ou une illusion ?

L'employabilité des femmes en situation de handicap demeure l'un des défis majeurs de l'inclusion au Togo. Faible accès à l'éducation et à la qualification, persistance des préjugés, sous-représentation dans les instances de décision et difficultés d'insertion professionnelle continuent de limiter leur autonomie économique. En mettant en perspective ces réalités à travers des données récentes, cet article montre que l'inclusion professionnelle ne relève pas uniquement de la justice sociale : elle constitue également un impératif pour le développement du pays.


L’insertion des femmes en situation de handicap au Togo : une réalité ou une illusion ?

Les textes juridiques consacrant les droits des personnes en situation de handicap se sont progressivement renforcés au fil des années. Le pays a ratifié plusieurs instruments internationaux, tout en adoptant des dispositions nationales garantissant l'égalité d'accès à l'éducation, à la formation et à l'emploi. Pourtant, pour de nombreuses femmes en situation de handicap, l'inclusion demeure davantage une promesse qu'une réalité. La question de l'employabilité constitue aujourd'hui l'un des principaux défis. Bien que la loi interdise toute discrimination fondée sur le handicap dans l'accès à l'emploi et encourage le recrutement des personnes handicapées. 

 Selon les résultats du 5ᵉ Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH-5), 10,73 % de la population togolaise vit avec un handicap, soit plus de 860 000 personnes. Pourtant, malgré leur poids démographique, les personnes handicapées demeurent sous-représentées dans l'économie formelle et les espaces de décision : : « aucune femme en situation de handicap ne siège aujourd'hui au Gouvernement, à l'Assemblée nationale ou au Sénat. »   Madame KOUEVI Plus révélateur encore, une seule femme handicapée figure parmi les plus de 1 500 conseillers municipaux du pays. Derrière ces chiffres se cache une question fondamentale : comment défendre ses droits lorsque l'on est absente des lieux où les décisions sont prises ?

Au-delà des contraintes matérielles, les préjugés continuent d'exercer une influence importante. Dans de nombreux milieux professionnels, certaines personnes handicapées sont encore perçues à travers leurs limitations plutôt qu'à travers leurs compétences. Cette perception contribue à leur exclusion du marché du travail alors même qu'elles disposent souvent des qualifications nécessaires pour occuper différents postes. Les femmes handicapées sont ainsi nombreuses à se retrouver dans le secteur informel, dans des activités précaires ou dans une dépendance économique qui fragilise davantage leur situation.

Madame Kafui :Participante à la table Ronde

Les conséquences de cette exclusion dépassent largement la seule question de l'emploi. Lorsqu'une femme handicapée est privée d'opportunités professionnelles, c'est son autonomie financière qui est compromise. L'exclusion commence souvent très tôt ; l'accès à l'éducation demeure inégal, malgré les efforts engagés. Selon plusieurs études, les personnes handicapées sont davantage exposées au décrochage scolaire et à l'absence de qualification professionnelle. Une étude officielle indiquait déjà que près des deux tiers des personnes handicapées de plus de 18 ans n'avaient jamais été scolarisées et que moins de 3 % atteignaient le niveau universitaire. Cette réalité a des conséquences directes sur l'employabilité. Sur un marché du travail déjà tendu, le manque de qualification réduit considérablement les chances d'accéder à un emploi stable. Mais le problème ne se limite pas à la formation. Même diplômées, de nombreuses personnes handicapées peinent à trouver un emploi. Selon les données relayées par les Nations Unies, plus de 80 % des personnes handicapées diplômées en Afrique sont sans emploi.

Construire une société véritablement inclusive suppose  d'investir davantage dans l'éducation inclusive. Plus encore, cela exige de considérer les femmes en situation de handicap non comme des bénéficiaires d'assistance, mais comme des citoyennes à part entière, capables de contribuer pleinement au développement économique et social du pays.

L'inclusion professionnelle des femmes handicapées n'est pas seulement une question de justice sociale. Elle constitue également un levier de développement pour le Togo. Car une société qui laisse une partie de ses talents en marge se prive inévitablement d'une richesse humaine, économique et sociale essentielle.

Auteur

Par Rédacteur Afebia

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